Deux balles dans le corps : un travailleur humanitaire de 23 ans, Todisoa Andrinirina Fitiavana, a été tué, mardi 7 décembre, lors d’une attaque dans le district d’Amboasary, dans le sud de Madagascar, où sévit la plus importante sécheresse qu’ait connue le pays depuis quarante ans. Il circulait à moto avec trois autres employés de l’organisation non gouvernementale (ONG) Young Progress et venait de quitter Tranomaro pour se rendre à Ampilira, localité située à une dizaine de kilomètres plus au nord, afin d’y superviser la distribution mensuelle de nourriture fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM).

Les voleurs « n’en voulaient qu’aux motos, à l’argent et aux téléphones portables », relate M. Ratovoson, directeur de Young Progress

Une jeune femme de l’équipe a été blessée à la main et a dû être amputée de trois doigts à l’hôpital régional d’Ambovombe, où elle a été évacuée grâce à l’appui de Médecins sans frontières (MSF). Deux autres hommes sont indemnes. « Les voleurs les ont laissé partir quand ils ont réalisé qu’ils s’en étaient pris à des travailleurs humanitaires. Selon leurs dires, ils n’en voulaient qu’aux motos, à l’argent et aux téléphones portables », relate Arimino Ratovoson, le directeur de Young Progress, joint par téléphone à Antananarivo. Quatre d’entre eux ont été arrêtés par les forces de gendarmerie.

 

L’ONG ne semble pas avoir été visée, mais le drame reflète le contexte d’insécurité dans lequel les humanitaires doivent intervenir en urgence. La commune de Tranomaro, où Young Progress est chargée d’assurer les distributions auprès de 5 300 foyers, soit environ 22 000 personnes, est classée en zone rouge par les autorités en raison de la présence de voleurs de zébus. Ces dahalo sèment depuis longtemps la terreur dans les villages, mais la dégradation des conditions de vie liée à la sécheresse et à l’épidémie de Covid-19 est un facteur supplémentaire de criminalité. « Les dahalo sont partout et la sécurité est vraiment un problème. Mais ici les gens n’ont plus rien pour vivre si nous ne venons pas », constate M. Ratovoson.

Une situation qui préfigure la famine

Dans le sud de Madagascar, une région abandonnée depuis des décennies par les autorités centrales, 1,3 million de personnes ont besoin d’assistance alimentaire. A Tranomaro, la situation a atteint le « stade 5 », le plus grave dans l’échelle établie par les Nations unies (ONU). Il préfigure la famine. Dans la région, le nombre de personnes en insécurité alimentaire sévère a été multiplié par trois en l’espace de deux ans. « Le PAM prend en charge 900 000 personnes et nous travaillons avec une quinzaine d’organisations locales pour assurer les distributions. C’est la première fois qu’un tel accident se produit », explique Arduino Mangoni, directeur adjoint du bureau pays.

Les risques importants liés à l’insécurité font partie des contraintes officiellement intégrées. « La présence de voleurs de bétail a également eu un impact sur l’accès humanitaire, bien que les acteurs humanitaires n’aient pas été la cible de la violence à ce jour, reconnaissait le coordinateur résident de l’Organisation des Nations unies (ONU), Issa Sanogo, en juin, dans son appel aux donateurs. Entre janvier 2019 et juin 2021, « au moins 123 incidents violents ont été enregistrés dans le Grand Sud [70 affrontements armés et 53 attaques contre des civils] ; 218 personnes seraient mortes, treize personnes ont été enlevées ».

Des communes où « il n’est pas possible d’aller »

MSF, qui se trouvait à proximité du lieu de l’attaque mardi, avait décidé, il y a deux mois, de retirer sa clinique mobile en raison de rumeurs laissant entendre que l’organisation n’était pas la bienvenue. « Nous étions là précisément pour essayer de renouer le contact avec des chefs traditionnels et envisager le redéploiement de nos activités. Il est clair que nous allons attendre les résultats de l’enquête avant de prendre une décision », explique Denis Basdevant, le coordonnateur de MSF dans le district d’Ambaosary, qui décrit « une situation locale très volatile » et l’existence de plusieurs communes où « il n’est pas possible d’aller ».

« L’impatience multiplie les risques d’incidents et c’est pourquoi nous devons faire un important travail de préparation et de communication », témoigne M. Le Guillou

La souffrance dans laquelle sont plongées les populations, après deux années de sécheresse extrême et la quasi-absence de récoltes, impose aux humanitaires de prendre d’importantes précautions dans l’acheminement de l’aide. « L’impatience multiplie les risques d’incidents et c’est pourquoi nous devons faire un important travail de préparation et de communication auprès des communautés pour qu’elles comprennent selon quelles règles l’aide – sous forme de nourriture ou d’argent – est distribuée », témoigne Olivier Le Guillou, directeur du bureau d’Action contre la faim à Madagascar.

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